FESTIVAL HAUTE FRÉQUENCE AVEC LE LYCÉE ROMAIN ROLLAND // INTERVIEWS DE SANDRA NKAKÉ ET JEANNE ADDED

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À l’occasion d’un concert organisé à Cité Carter dans le cadre du festival Haute Fréquence le 23 novembre, des élèves de seconde gestion-administration du lycée Romain Rolland ont eu la chance de rencontrer Sandra Nkaké et Jeanne Added.

Après avoir découvert les coulisses d’une salle de concert et juste avant d’assister aux répétitions, ils ont pu interviewer les deux chanteuses, et en apprendre plus sur leur parcours, leurs passions et leur vie d’artiste.

Rencontre avec Sandra Nkaké 

Vous êtes née au Cameroun. Est ce que, enfant, vous chantiez déjà dans votre pays?

Oui je pense que j’ai toujours chanté, peut-être même avant de parler. Petite, j’étais très timide, j’avais du mal à extérioriser mes sentiments. Par contre, le chant c’était une évidence, j’étais super à l’aise. Mais je n’avais jamais imaginé que cela pourrait devenir mon métier.

Vous chantiez des chants traditionnels?

Cela m’arrive souvent mais pas de chants du Cameroun car aucun ne m’a été transmis. On m’a élevée dans la tradition franco française. Mais j’ai repris des chants d’un peu partout dans le monde : j’ai chanté en yiddish, en gaélique écossais, en arménien, en bulgare. Via la musique, j’arrive à avoir accès à d’autres cultures, d’autres sons. Récemment le batteur et compositeur Tony Allen m’a invitée sur son nouvel album et je me suis dis que ce serait l’occasion d’écrire une chanson dans une des langues du Cameroun : le douala. Ne la parlant pas, j’ai fait ce que m’a dit mon fils : « cherche un tuto ou un dictionnaire sur internet ». J’ai fait mes recherches et j’ai essayé d’écrire des phrases très simples. J’ai senti que c’était une étape importante pour moi de le faire. Petit à petit, je vais m’approprier cette langue que l’on ne m’a pas transmise mais dont je me sens proche.

Pourquoi avoir fait le choix de devenir artiste ?

Personne dans ma famille n’était artiste. C’est longtemps après avoir commencé à chanter que j’ai découvert que mon grand père a été danseur dans le ballet national du Cameroun. Sinon, à la maison, ma mère écoutait beaucoup de musique sur sa platine vinyle, des genres musicaux très différents donc j’ai toujours eu des choses variées dans mes oreilles. Au lycée, j’étais très attirée par le théâtre et la musique mais je ne connaissais personne et j’étais très timide. Je suis arrivée au bac sans trop savoir ce que je voulais faire. Je me suis orientée vers ce qui était naturel pour moi : la littérature anglaise et américaine. Mais la fac, ça n’était pas du tout pour moi. Une copine m’a dit qu’un groupe recherchait une chanteuse et m’a dit de foncer. Je suis allée passer une audition sans trop d’attentes, ils m’ont rappelé en me disant que j’avais un vibrato pourri mais qu’il y avait un truc dans ma voix et que ça allait être super. Et ça a commencé comme ça. Je faisais les chœurs, je dansais et puis j’ai commencé le théâtre. La première fois que je suis montée sur scène, c’était une révélation. J’ai compris que c’était ma place, que je ne pouvais être utile que là : raconter des histoires, transmettre des émotions et permettre aux gens l’espace d’un spectacle de se sentir un peu mieux.

Avez vous un art préféré ?

Ça dépend des moments de la journée. J’ai du mal avec l’exclusivité. J’aime la poésie, les romans, le cinéma, la peinture la sculpture, la danse…

Que pensez vous du festival Haute Fréquence et de son prédécesseur, le Picardie Mouv’ ?

C’est un chouette festival. Cela fait plusieurs années que j’y participe avec différents projets. J’aime sa capacité à rayonner sur un large territoire. Et puis dans la programmation il y a à la fois des spectacles qui existent déjà mais aussi des spectacles qui sont tout frais et qui n’ont pas forcément vocation à tourner beaucoup. Par exemple, notre concert avec L, Camélia Jordana et Jeanne Added, on ne l’a joué que deux fois. On avait vraiment envie que ce soit une rencontre éphémère. C’est intéressant de ne rien avoir à vendre, juste une proposition à partager. Et puis c’est aussi un cadeau qu’on se fait.

Qu’est-ce que cela vous fait de jouer avec ces chanteuses ?

C’est chouette parce que ce sont des copines et que l’on a peu d’occasions de se voir. On rêvait de ce moment un peu secrètement. Ce sont des artistes que j’admire et qui m’enrichissent. Leur travail m’ouvre les oreilles. Nos voix et nos personnalités sont très différentes mais s’écouter et vibrer ensemble n’empêche pas à chacune de garder sa particularité.

Vous voyagez beaucoup?

Oui tout le temps grâce aux tournées. Mais je n’ai pas assez voyagé, il y a tellement de pays que j’aimerais encore découvrir. J’ai toujours l’impression que c’est un peu partout mon pays. Mais quand je voyage, je me rends compte que je suis avant tout Française parce que si je ne mange pas de pain ni de fromage, je pète un câble ! C’est la première chose qui me manque à l’étranger ! (rires)

Cité Carter avec la classe de 2nde 2GA2 du Lycée Romain Rolland #amiens #citecarter #lyceeromainrolland 💜🎙

Une publication partagée par Sandra Nkaké (@sandrankake) le

Plus d’infos sur Sandra Nkaké ici

Rencontre avec Jeanne Added

Pourquoi avoir décidé de faire de la musique votre métier?

J’ai commencé à chanter naturellement quand j’étais enfant. Par chance, mes parents m’ont mise dans une école de musique, j’ai appris à lire les notes, jouer d’un instrument et former mon oreille. J’ai commencé par la musique classique, le violoncelle, le chant classique. Après, j’ai fait beaucoup de jazz, de musique improvisée. Le chant et la scène, j’ai toujours aimé ça. Je me suis lancée après le Bac et au bout de deux ans j’étais complètement accro. J’ai choisi d’en faire mon métier car c’est une grande joie, physiquement ça résonne dans le corps. La musique me permet aussi d’exprimer des sentiments, des sensations, des frustrations, des angoisses. Depuis quelques années maintenant, je compose ma musique. J’ai attendu un petit moment avant de faire mon premier album, à l’âge de 34 ans. Il n’y a pas vraiment de règle, ça arrive quand on est prêt, quand c’est le bon moment pour raconter quelque chose.

Dans quelles langues chantez-vous?

J’écris essentiellement en anglais mais il m’est arrivé de chanter en français et en allemand.

Avez-vous déjà eu peur de la scène?

Oui mais ça fait partie du plaisir. Monter sur scène demande une grande concentration, il faut être complètement là et en même temps disparaître, c’est un concept un peu étrange. Ça peut rendre un peu nerveux à cause de la peur du rejet mais en général le plaisir prend le dessus. De toute façon, il ne vaut mieux pas être stressée sinon la voix ne sort pas.

Est-ce dur la vie d’artiste?

Ça peut être dur quand on a peu de travail. Et puis on est rarement chez soi, il est difficile d’avoir une vie personnelle. Les couples en général ne tiennent pas. C’est compliqué pour les « nanas » d’avoir des enfants. Mais moi j’adore faire des concerts, être sur la route. On a fait près de 200 spectacles, dans des toutes petites salles comme des grandes. C’est très intense comme rythme de vie.

Quelle(s) musique(s) écoutez-vous?

J’écoute quelques albums en boucle par an. Depuis quelques mois, j’écoute surtout du hip-hop et du R&B américain, Frank Ocean, Solange…

Cela vous plaît l’idée du groupe de ce soir avec L, Camélia Jordana et Sandra Nkaké?

Oui, j’ai rarement l’occasion de chanter avec d’autres voix. Ce sont des grandes chanteuses et des amies donc on passe de bons moments sur scène. C’est aussi l’occasion de se voir car on est souvent sur la route. Raphaëlle (Lannadère, L, ndlr) nous a invitées car elle fait un cycle sur l’histoire de la chanson. Ce chapitre concerne la chanson engagée. On chante et on lit des textes.

Plus d’infos sur Jeanne Added ici

 

 

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